_Dans une ville très urbaine et très chaude, où je dois prendre un vieux tram branlant pour monter et descendre de l’internat où je suis logée. Une vieille dame vend les tickets dans une petite cabane de bois sombre ; c’est elle qui dirige les tram depuis sa cabane en hauteur.
Beaucoup de vitrines ont été brisées ces derniers-jours, des arrêts de car, tout ce qui se casse facilement.
Je vais au musée. Un lieu très clair, un palais en marbre blanc ouvert sur un jardin et un cour d’eau. Je m’attarde longuement devant des terres cuites sculptées de la renaissance, des della Robbia, ou des Filippino Lippi. Un très grand bas-relief avec la Vierge, saint Jérôme et son lion, et d’autres saints sous un arc voûté avec des caissons ; les visages sont d’une finesse angélique qui me suspend complètement à eux. D’autres œuvres sont là. Je descends le petit escalier qui sort vers la terrasse et le jardin, l’escalier finit dans l’eau et sur ses rampes sont posées deux sculptures de personnages énormes que j’attribue au même auteur bien qu’elles m’évoquent des silhouettes de façades de temples hindous mais nues, sans ornements, très amples, élongées et fines : des enfants embrassés à la rampes et un autre personnages seul tout en long.
Mais des types posent des explosifs dans le musée juste après que je sois partie ; ils explosent précisément les terres cuites. Je suis triste et en colère mais embarrassée parce que je ne peux pas le dire, parce que mon ami Yann fait partie des types en question, que je trouve aussi leur colère justifiée et que j’aurais honte de soutenir jusqu’au bout le bien fondé des musées. Ils parlent un moment assis sur les marches à fumer des clopes.
On rentre ensemble acheter un gâteau précis pour leur faire goûter, là où je vais tout le temps le prendre, mais Yann est seul à rentrer : il est plein de coc, dis violemment à la dame, la vieille dame du tram, de se dépêcher de servir et ne fait pas attention au goût. Nous tentons de remonter à pied les rails du tram, ce qui me fait assez peur : des pièces de fer glissent sur les fils électriques comme des jougs de bœufs qui pourraient débouler sur nous à toute vitesse, mais on les évite.